Les principaux acteurs de la recherche

En Argentine, l’ancien ministère de la Science, de la Technologie et de l’Innovation Productive, initialement créé en 2007, a été dissout le 5 septembre 2018 sous le gouvernement Macri (2015 – aujourd’hui). Il est aujourd’hui rattaché au Ministère de l’Education, de la Culture, des Sciences et de la Technologie sous la forme d’un secrétariat d’Etat. Ce nouveau ministère dispose de deux secrétariats d’Etat :

  • Secrétariat de la Culture,
  • Secrétariat des Sciences, de la Technologie et de l’Innovation Productive (SCTIP).

Actuellement, le plan stratégique en matière de science, technologie et innovation est le plan « Argentina Innovadora 2020 », qui recherche le renforcement des capacités nationales en sciences et technologies, et fait de l’innovation productive le moteur du développement économique et social du pays. Les secteurs identifiés comme prioritaires par ce plan sont : l’industrie agricole, le développement social, la santé, l’industrie, l’énergie, l’environnement et le développement durable.

En septembre 2016, le gouvernement nouvellement élu de Mauricio Macri lance le programme Plan « Innovación Colectiva – Ciencia y Tecnología para vivir mejor », qui représente un investissement de 1.000 millions de pesos à destination des services de recherche scientifique, développement technologique et innovation productive. Les thématiques qu’il établit comme prioritaires sont : l’aquiculture, l’urbanisation de zones vulnérables, la médecine de précision, les énergies renouvelables, la génétique médico-légale, l’alimentation, l’agriculture de précision, les technologies de prévision et gestion des catastrophes, l’éducation (classes du XXIème siècle) et les matériaux intelligents.

Depuis 2014, la part du PIB consacré aux activités de science et technologie atteint les 0.6%. L’objectif est d’atteindre les 1.65% à l’horizon 2020. La recherche et le développement en Argentine sont financés par l’Etat, les gouvernements provinciaux et les entreprises privées.

Le Système National de Science, technologie et Innovation (SNCTI) est défini comme le maillage des principaux organismes de recherche en Argentine. La complexité de ce système est que ces organismes ne sont pas tous sous la tutelle d’un même ministère. Des ministères techniques assurent la tutelle de différents organismes de recherche à travers le pays :

  • Le CONICET (Conseil National des Recherches Scientifiques et Techniques) dépend du SCTIP,
  • L’INTA (Institut National des Technologies Agricoles) dépend du Secrétariat de l’Agro-industrie,
  • L’ANLIS (Administration Nationale des Laboratoires et Instituts de la Santé) dépend du Ministère de la Santé et du Développement Social,
  • ..

Un conseil dépendant du Secrétariat des Sciences, de la Technologie et de l’Innovation Productive a été créé afin de coordonner les actions de ces différents organismes (voir ci-après).

Le Secrétariat des Sciences, de la Technologie et de l’Innovation Productive (SCTIP) est l’organisme responsable de la définition et du suivi des politiques scientifiques et technologiques nationales, de l’articulation des actions des différentes institutions composant le SNCTI, de la coordination des activités de recherche et développement dans les domaines désignés comme prioritaires, de l’évaluation et des contrôles des actions mises en place et de la promotion et la diffusion de ces activités. Afin de mener à bien ces différentes missions, le SCTIP peut compter sur deux institutions :

  • Le Conseil Fédéral pour la Science et la Technologie (COFECYT), organe chargé de la coordination des politiques S&T entre le niveau fédéral et provincial,
  • Le Conseil Interinstitutionnel pour la Science et la Technologie (CICYT), organe chargé de la coordination des actions entre les différentes institutions du SNCTI.

Le SCTIP reste le principal acteur de la recherche dans le pays en assurant notamment la tutelle du CONICET (Conseil National des Recherches Scientifiques et Techniques), principal opérateur de recherche du pays dédié à la promotion de la science et de la technologie. Créé en 1958, le modèle du CONICET a été volontairement copié sur celui du CNRS en France. Tout comme son homologue français, il emploie près de 10 000 chercheurs, 11 000 doctorants et post-doctorants et plus de 4 000 contractuels. Il comptabilise plus de 300 unités de recherche sur tout le territoire argentin, dont 1 centre de recherche multidisciplinaire, 11 centres de recherche et transfert (CIT), 15 centres scientifiques et Technologiques (CCTs) et 280 centres et instituts.

L’objectif du CONICET est de développer et subventionner la recherche scientifique et technologique ainsi que les activités permettant de la faire progresser. Cet organisme soutient ainsi les échanges et coopérations scientifiques et technologiques dans le pays et à l’étranger. Il attribue également des budgets à certains projets de recherche, à des laboratoires, des instituts et des centres de recherche (publics ou privés) et peut être sollicité pour fournir une aide technique à des entités publiques ou privées.

Son activité se concentre surtout autour de 4 grands thèmes :

  • Sciences agronomiques, de l’ingénierie et des matériaux,
  • Sciences biologiques et la santé,
  • Sciences exactes et naturelles,
  • Sciences humaines et sociales.

L’Agence Nationale de Promotion de la Science et Technologie (ANPCyT), également sous tutelle du SCTIP est la principale agence de financement de la recherche dans le pays (équivalent de l’ANR en France). Son objectif est de promouvoir la recherche scientifique, le développement des connaissances et l’innovation productive. Pour cela elle dispose de différentes sources de financement :

  • Le FONCyT (Fond pour la Recherche Scientifique et Technologique) : Sa mission est d’appuyer les projets et activités dont la finalité est la production de nouvelles connaissances scientifiques, technologiques et innovatrices tant dans la recherche appliquée que fondamentale,
  • Le FONTAR (Fond Technologique Argentin) : Sa mission est de financer des projets ayant pour but d’améliorer la productivité du secteur privé à travers l’innovation technologique,
  • Le FONARSEC (Fond Argentin Sectoriel) : Les fonds sectoriels sont l’instrument central pour renforcer les relations entre le secteur scientifique et technologique et le secteur productif,
  • Le FONSOFT (Fond Software) : Sa mission est de promouvoir le développement de projets de modernisation et d’innovation technologique dans les secteurs des TICs (Technologies de l’Information et de la Communication) et des jeux-vidéos.

Le ministère de l’Education est également un acteur essentiel dans la recherche avec 125 universités (60 universités publiques, 63 universités privées et 2 universités internationales) et près de 2 millions d’étudiants. Le ministère gère la distribution des bourses pour les étudiants via le Secrétariat des Politiques Universitaires (SPU). De nombreux universitaires ont une activité de recherche dans des laboratoires liés à l’université, ou non.

La coopération franco-argentine

Au niveau gouvernemental, un accord de coopération culturelle, scientifique et technique a été signé entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République argentine le 3 octobre 1964 – Accord complémentaire de 1997 et renouvelé par une déclaration conjointe en février 2016 à l’occasion de la visite d’Etat du Président de la République en Argentine.

Au niveau des grands organismes de recherche et des agences de financement différents accords existent :

  • Accord SeCyT-INRIA-CNRS : signé en 2006, l’objectif est de renforcer la coopération franco-argentine dans les domaines de l’informatique, l’automatique et les mathématiques.
  • Accord SeCyT-ANPCYT-ANR (Agence Nationale de la Recherche), signé en avril 2008 pour la mise en place de projets de recherche conjointe. Sa mise en application est toujours en négociation.
  • Accord SeCyT-IRD : signé en février 2016, à l’occasion de la visite d’Etat du Président de la République en Argentine.

Au niveau des organismes de recherche et des universités :

  • Accord CNRS-CONICET signé en septembre 1985 à Paris, renouvelé en février 2016 à l’occasion de la visite présidentielle.
  • Accord CNES-CONAE signé en avril 2007, faisant suite à un accord de 1984 avec le CNIE, permet le développement d’importants projets de coopération à travers la fourniture d’équipements pour les satellites d’application scientifique SAC-C et D et un projet de recherche en télé-épidémiologie est en cours de développement à la triple frontière entre la Bolivie, le Paraguay, le Nord-est argentin.
  • Accord CEA-CNEA, signé fin juillet 2010, renouvellement de l’accord de novembre 1963, porte la coopération dans le domaine du nucléaire civil et du non nucléaire et en particulier sur les matériaux dans le domaine des déchets, conditionnement des déchets (verre, métaux, bétons) et étude de leur comportement à long terme en entreposage ou en stockage géologique

Créé en 1997 par le ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères (MEAE), le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), et le SeCyT, le programme ECOS-Sud Argentine est le dispositif phare de la coopération scientifique de la France avec l’Argentine. Ce Programme de type Hubert Curien (PHC) se caractérise par son excellence scientifique et sa forte sélectivité, par la présence de partenaires institutionnels fiables et motivés, et par un financement à parité des deux parties pour des mobilités de chercheurs et des stages doctoraux. Chaque année entre 10 et 15 projets sont financés pour trois ans.

Le Centre Franco-Argentin des Sciences de l’Ingénieur (CAFCI) : (INSIS, CNRS, CONICET, SeCyT) a été créé en 2012 autour de trois axes thématiques : simulation numérique, énergie, mécanique des fluides. La première étape du projet est constituée par 3 PIC’s, retenus suite au premier appel à projets lancé en 2014 (échéance fin 2017). Le dispositif CAFCI est depuis en sommeil.

L’Observatoire Pierre Auger, inauguré en présence de Catherine Bréchignac (Académie des Sciences), dédié à l’étude des astro-particules et des rayonnements cosmiques d’énergie extrême, est situé à Malargüe près de San Rafael (province de Mendoza). Ce projet regroupe au total 250 chercheurs et ingénieurs provenant de 17 pays différents. Il associe le CNRS, l’université Pierre et Marie Curie, l’université Denis Diderot et l’université Paris-Sud 11, pour la partie française, avec la CNEA argentine, le Centre brésilien de recherches physiques (CBPF) et l’université de Chicago aux Etats-Unis.

Le Centre franco-argentin des Hautes Études en Sciences Sociales de l’université de Buenos Aires (CFA), créé en 1996, a pour mission de promouvoir la production intellectuelle française et la circulation des étudiants ainsi que les échanges scientifiques et intellectuels dans le domaine des sciences humaines et sociales. Produit d’un accord entre l’ambassade de France en Argentine et l’université de Buenos Aires, il a pour membre fondateur l’école des Hautes Etudes en sciences sociales de Paris. Depuis 2014, l’université Sorbonne Paris Cité s’est associée à cette entreprise.

Originellement conçu comme un espace d’enseignement – entre 15 et 18 séminaires intensifs de niveau maestría et doctorat sont organisés chaque année – et de circulation des enseignants/chercheurs invités au sein de l’université de Buenos Aires, le CFA a progressivement élargi sa mission et s’est ouvert à l’ensemble du tissu universitaire argentin, du pays et de la région. En premier lieu en articulant ses activités à celles des trois autres CFA présents en Province (CFAs de la UNCuyo et de la univ. nacional de Córdoba créés 2009, CFA de la UN de Rosario fondé en 2017).

En second lieu en s’associant étroitement aux grandes opérations de « Débat d’Idées » et de promotion des productions et savoirs français en SHS mises en place par l’institut français d’Argentine. Enfin, le CFA travaille régulièrement avec l’Alliance française de Buenos Aires à l’organisation de conférences grand public ainsi qu’avec le lycée français Jean Mermoz au travers d’interventions de professeurs invités auprès des classes de première et de terminale. Plus d’informations sont disponibles sur le site internet du Centre franco-argentin des Hautes Études de l’UBA

Sources :
https://www.conicet.gov.ar/conicet-descripcion/
https://www.argentina.gob.ar/ciencia/agencia/
Fiche Curie Argentine 2018
Sistemas de Ciencia, Tecnología e Innovación, gobernanza y prioridades científicas de los países iberoamericanos – Paola Andrea Castillo Rozo