Styles de parole: caractérisation à travers l’imitation en portugais brésilien et en français

La caricature, qui distord la réalité en exagérant les traits les plus saillants, apporte quelque chose à notre compréhension des styles de parole (et des accents). Elle peut de plus avoir une incidence sur la perception, car nos représentations et les discours linguistiques produisent en grande partie nos catégories de perception. Nous sommes habitués à entendre des acteurs, chansonniers et autres humoristes imitant certains styles (et accents).

La variation est première dans la parole, même si l’acquisition et l’enseignement d’une langue étrangère soulèvent assez vite la question de la référence, de la norme, du standard. Quelle variété choisir, quand on enseigne le portugais (brésilien) à des Français ou le français à des Brésiliens ? C’est à cette question que veulent répondre le docteur Philippe Boula de Mareüil, directeur de recherche au CNRS, travaillant dans le groupe « Traitement du langage parlé » du Laboratoire d’Informatique pour la Mécanique et les Sciences de l’Ingénieur (LIMSI), et le professeur Plínio A. Barbosa, de l’Instituto de Estudos da Linguagem de l’Université d’Etat de Campinas (UNICAMP), à travers un projet de recherche sur la caractérisation de styles de parole et d’accents étrangers par l’imitation en portugais brésilien et en français, qui a été soumis et retenu par la Fundação de Amparo à Pesquisa do Estado de São Paulo (FAPESP).

 

“La caricature, qui distord la réalité en exagérant les traits les plus saillants, apporte quelque chose à notre compréhension des styles de parole”

 

Pour le français, la norme de prononciation est depuis quelques décennies incarnée par les professionnels de la parole publique, plus précisément par les journalistes de radio/télévision, proche de la prononciation parisienne en matière de voyelles (nasales, moyennes, muettes) : en France, pays très centralisé, la plupart des grands médias sont de fait concentrés à Paris. Pour le portugais brésilien, la norme est représentée par des annonceurs qui adoptent en quelque sorte un compromis entre une prononciation carioca du r et une
prononciation paoliste du s. Ces normes concernent donc essentiellement le niveau segmental (celui des phonèmes), alors qu’en matière de prosodie (niveau suprasegmental), le style journalistique est volontiers caricaturé, et ne saurait constituer la référence à enseigner. Entre autres choses, une tendance à l’accentuation initiale est emblématique du style journalistique français, et se retrouve chez les journalistes brésiliens, en particulier sur des mots porteurs d’une forte charge sémantique (ex. BIlhões de reais « milliards de R$ »).

Le but principal du projet est de faire la part des choses (du segmental et du suprasegmental), exploitant précisément le paradigme de l’imitation/caricature pour caractériser les traits les plus déterminants de ce style. L’imitation, qui constitue le fil directeur du travail proposé, est également mise à profit pour explorer une autre dimension de la variation, liée à l’origine linguistique et/ou géographique des locuteurs plus qu’à la situation de communication, pour étudier différents accents étrangers et régionaux.

 

→ Contacts:
Philippe Boula de Mareüil: Philippe.Boula.de.Mareuil@limsi.fr
Plínio A. Barbosa: pabarbosa.unicampbr@gmail.com

 

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