Sous le signe de l’éclipse

 

Ce numéro de Nouvelles de Rio correspond au bilan de l’année 2020 qui restera, sans doute, dans les annales de l’histoire comme l’une des années les plus mouvementées dans l’histoire de l’Humanité. La région d’Amérique du Sud n’a évidemment pas été épargnée mais la recherche et la coopération, même entravées, ont continué à s’exercer selon les nouvelles modalités et dans de nouveaux formats.

2020 devait être une année de célébration pour le Bureau de Rio, créé il y a 10 ans. Hélas, cette année anniversaire a été éclipsée par le contexte sanitaire mondial inédit. Cette éclipse, on la voit aussi dans l’activité des corps célestes, présentée dans l’article de Guillaume HEBRARD sur les Éclipses de 2019 et 2020 observées en Argentine.

La vitalité de la coopération et de la recherche en Amérique du Sud, qui s’inscrit dans la durée, est bien mise en lumière par 2 événements qui se sont déroulés récemment au Chili. Le premier est la Célébration des 20 ans du CMM, Centre de Modélisation Mathématique, l’un des 6 IRL actuellement existants dans la région et le 1er laboratoire conjoint créé par le CNRS à l’étranger. Il s’agit donc d’un événement hautement symbolique pour la coopération internationale de notre organisme qui témoigne d’une longévité exceptionnelle de la coopération franco-chilienne.

À la même date, il s’est tenu au Chili un Sommet de l’hydrogène vert, le plus grand événement virtuel d’Amérique latine sur ce sujet, qui a rassemblé des représentants des autorités et d’entreprises pour analyser les opportunités et les défis de cette alternative prometteuse aux carburants polluants.

Au Brésil, les recherches continuent également, ce dont témoignent les travaux d’Émilie STOLL, anthropologue et chargée de recherche au CNRS, sur un Fonds d’archives amazoniennes. Ce fonds inédit, composé d’actes de procédures civiles et criminelles jugées par le Tribunal de Justice, étudié par une équipe franco-brésilienne, permettra de mieux cerner le rôle des femmes dans les soulèvements populaires des années 1830, l’esclavage africain en Amazonie ou encore la déforestation au cours des XIXe et XXe siècles.

Un autre domaine de la coopération franco-brésilienne particulièrement important sont les mathématiques. Jorge Vitório PEREIRA, chercheur à l’IMPA (Institut des Mathématiques Pures et Appliquées) qui accueille un IRL JeanChristophe Yoccoz, créé il y a 15 ans, présente ici l’impact de la collaboration avec ses collègues français sur ses recherches sur la Théorie des feuilletages et géométrie algébrique.

Toujours au Brésil, suite à la signature le 27 mars 2019 d’un protocole d’intention par le Service Géologique du Brésil (SGB-CPRM), l’Agence Nationale du Pétrole (ANP) et Petrobras, devrait voir le jour, très prochainement, le Centre de Référence en Géosciences (CRG). Cette initiative, présentée par Christian Michel LACASSE, vise à regrouper les recherches en géosciences sur le même site, à Rio de Janeiro, en lien avec Le Musée des Sciences de la Terre (MCTer), internationalement reconnu pour la recherche scientifique en géologie et en paléontologie.

Martin GIURFA décrit ici le résultat des recherches, menées par une équipe franco-argentine dirigée par le Dr. Diego Moncada et publiées récemment dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) sur Les mécanismes sous-jacents à l’évocation des souvenirs. Cette étude sur la reconsolidation de la mémoire, qui rend les mémoires évoquées fragiles et qui les consolide par la suite à nouveau, pourrait avoir un impact thérapeutique important, notamment dans la gestion des souvenirs traumatiques.

Le numéro met également en perspective les outils de coopération du CNRS. Jérôme CHAVE évoque l’IRP franco-colombien CEBACOL dont l’objectif est l’étude de la biodiversité néotropicale car, après le Brésil, la Colombie contient le potentiel de biodiversité le plus riche au monde.

Emmanuel EVENO et ses collaborateurs provenant de 7 pays (France, Canada, Colombie, Côte d’Ivoire, Équateur, Mexique, Sénégal) réfléchissent quant à eux à la diversité urbaine grâce à l’IRN REHVIF qui étudie Les mondes urbains en transition qu’elle soit environnementale, socio-écologique, technologique ou numérique.

Dans le contexte où la mobilité de chercheurs, le principal moteur de la coopération scientifique a particulièrement souffert durant l’année écoulée, l’apport du programme Soutien à la Mobilité Internationale (SMI), qui a été mis en place par l’InSHS depuis 2013 pour favoriser les missions de moyenne durée, est particulièrement précieux. Cette aide annuelle à la mobilité concerne toutes les disciplines des Sciences Humaines et Sociales et tous les types de missions de recherche : collaboration internationale, travail de terrain, consultation de sources, montage de projets, rédaction d’ouvrages ou d’articles en collaboration.

Ainsi, malgré les incertitudes qui peuvent peser sur l’évolution des coopérations internationales en 2021, la collaboration avec l’Amérique du Sud continuera soit sous des formes nouvelles, soit dans les anciens formats qui seront revisités, réinventés, restructurés.

Olga Anokhina
Directrice du Bureau CNRS Rio

Le bureau de Rio effectue une veille sur la situation et les mesures sanitaires prises dans l’ensemble des pays d’Amérique du Sud. Les informations à ce sujet sont disponibles sur notre site : https://www.cnrsrio.org/coronavirus-en-amerique-du-sud/

Pour des analyses détaillées des situations des pays de notre zone, consulter : https://covidam.institutdesameriques.fr/